Après trois défaites de suite, les Anglais ont réalisé leur meilleure première mi-temps du Tournoi 2026, mais ça n'a pas suffi. Ça fait dix ans que le XV de la Rose connaît la défaite en France. Suite à la victoire de l'Irlande face à l'Écosse en début de journée, les Français n’avaient qu’à remporter une simple victoire. Mais qu'elle a été compliquée à obtenir !
Habitués à jouer au pied, les Anglais ont cette fois choisi d’écarter le ballon sur les extérieurs et d’avancer très vite avec une première alerte consécutive à un essai d’Atkinson refusé pour un en-avant (2e). La première progression des bleus arrive à la faveur d’un arrachage de François Cros qui n’a rien donné suite à un coup de pied de Ramos échoué en touche. Mais l’arrière ne manquera pas le suivant, bien dosé, qui, grâce au rebond, atterrit dans les bras salvateurs de Louis Bielle-Biarrey qui aura marqué dans les cinq matchs du Tournoi des Six Nations (7-0, 7e), pour la deuxième saison consécutive.
Mais la réaction des Anglais arrive 1’30 plus tard avec une récupération du ballon, des sorties de balle rapides et une conclusion de Tom Roebuck (7-5, 9e). Le deuxième essai français sera quasi-copie conforme du premier : une belle passe au pied (cette fois merveille de Matthieu Jalibert) jusqu’à Louis Bielle-Biarrey (14-5, 13e). Les Anglais revenaient tout de suite avec une passe au pied dans le dos de la défense que ne pouvait annuler Théo Attissogbe, laissant Cadan Murley aplatir (14-10, 18e).
Ce début de rencontre débridé – quatre essais dont trois sur coup de pied rasant - ravissait les plus de 80 000 spectateurs du Stade de France. Les Français pensaient inscrire le triplé au mitant de la première mi-temps (Jalibert), mais l’essai était annulé par la vidéo ; ils repartaient avec une pénalité de Ramos (17-10, 22e).
C’est finalement les Anglais qui inscrivaient les premiers leur troisième essai, par Ollie Chessum, seul changement dans le XV de départ de Steve Borthwick, après une série de pick-and-go sur la ligne pour revenir à égalité grâce à la première transformation réussie (1/3) de Fin Smith (17-17, 26e). À ce moment de la rencontre, l’Irlande remportait toujours le Tournoi 2026. À cinq minutes de la pause, les Anglais prenaient le score pour la première fois avec un essai d’Alex Coles transformé façon drop par Smith (17-24, 34e). Trois minutes plus tard, c’est par dix points que les Anglais menaient grâce à une nouvelle pénalité de Smith (17-27, 38e). Mais ceux-ci se mettaient à la faute de la plus terrible des manières. Ellis Genge écopait d’un carton jaune et son équipe d’un essai de pénalité suite à une faute sur Dorian Aldegheri, offrant un scénario plus favorable aux Bleus avant de revenir aux vestiaires (24-27, 40e+2).
Pénalisés (5 pénalités), privés de ballon (46% contre 54%), malmenés en mêlée (75% de réussite) et sous pression constante 41% d’occupation), les Bleus ont souffert sur cette première période. « On a bien redressé la situation avec cet essai de pénalité, ce qui nous permet de débuter avec un avantage », indiquait le sélectionneur Fabien Galthié qui annonçait un changement : l’arrivée de Mickaël Guillard à la place de Temo Matiu qui vivait sa première sélection.
La France décidait de mettre le turbo : garder le ballon, multiplier les passes, repérer et profiter des espaces, jouer les duels, avancer et marquer. C’est ce que LBB fit après une inspiration d’Antoine Dupont (31-27, 42e) pour redonner l’avantage aux tricolores. Ils savaient qu’ils avaient dix minutes pour frapper fort, tant qu’ils étaient en supériorité numérique. Du sang frais arrivait en première ligne (Bamba et Mauvaka, 46e) et les Bleus poursuivaient leur temps fort avec un essai d’Attissogbe suite à une vista de Dupont qui décidait de jouer très vite une pénalité (38-27, 49e). Pendant le jaune de Genge, les Français ont répondu aux attentes en inscrivant 14 points. Seul point noir, l’interception d’un ballon de Matthieu Jalibert par Ollie Chessum pour recoller au score (38-32, 51e) au bout de 50 mètres.
Défensivement, la France n’était pas au mieux et une fois encore Attissogbe échouait à empêcher un essai d’être inscrit dans l’en-but tricolore en laissant Marcus Smith aplatir (38-39, 57e). Dès lors, il restait tout à faire pour les Français qui voyaient leur belle avance fondre en dix minutes, ce qui attendant une fin de match étouffante. Au terme d’une course exceptionnelle, LBB faisait la différence en inscrivant son quatrième essai de la soirée (45-39, 68e), mais la suite allait être compliquée.
Suite à une accumulation de fautes et à un avertissement de l’arbitre, Demba Bamba écopait d’un carton jaune (73e) obligeant les Bleus à jouer en infériorité numérique jusqu’à la fin de la partie. Après avoir empêché un essai anglais, ils ne pouvaient pas empêcher celui de Tommy Freeman sous les poteaux (45-46, 77e). Il fallait alors un miracle pour que la France ne remporte son deuxième Tournoi de suite. Le chrono passait au rouge et la France arrachait une pénalité. Comme il y a deux ans. Même scénario. Thomas Ramos, qui n’avait jusqu’alors manqué aucun coup de pied, se préparait à 42 mètres de sa cible. Dans un Stade de France chauffé à blanc, il offrait la victoire à une équipe de France héroïque (48-46). Cruel pour l'Angleterre et miraculeux pour la France.
Cela fait presque deux décennies que la France n'avait pas réussi à conserver son titre deux années de suite.

