Invaincue dans le Tournoi jusqu’à la dernière journée depuis 2022, la France a chuté une nouvelle fois dans ce dernier match contre l’Angleterre. La volonté de refuser la fatalité et le nouveau projet de jeu de ce nouveau XV de France féminin n’auront pas suffi à contrarier durablement des Red Roses pourtant amputées de la moitié de leurs championnes du monde.
Début de la rencontre sous haute intensité. Au bout de dix minutes, les Bleues étaient dans leur match : 86% de possession, 92% d’occupation, une seule pénalité à trois. Mais toujours pas de point. Alors que les Anglaises se rapprochaient dangereusement de la ligne bleue, un ballon arraché par Ambre Mwayembe après un plaquage de Siobhan Soqeta à quelques mètres de leur en-but était remonté patiemment, passant de main en main jusqu’à atterrir dans les bras de Pauline Bourdon-Sansus, dernière rescapée à avoir battu les Anglaises en 2018, pour déposer et ouvrir le score (7-0, 13e).
C’était le plan du sélectionneur François Ratier : « La façon dont elles construisent leur rugby, c’est que souvent, dans les 20 premières minutes, elles mettent suffisamment de points pour pouvoir après, on va dire, “pas gérer” le match. C’est trop tôt. Il faut les faire douter dès le début pour enrayer la machine, et à notre tour, une fois que la machine s’enraye, taper là où ça fait mal. »
Cette fois, pour la première fois du Tournoi 2026, les Françaises ne manquaient pas leur entame de match. Mais dangereuses en touche (trois lancers perdus par les Bleues) et sur les ailes, les Red Roses relançaient le jeu pour tenter d’inverser la tendance à la mi-temps de la première mi-temps avec les avants envoyées au feu. Après une série de pick-and-go, Sarah Bern (son 35e essai) parvenait à trouver le petit espace pour aplatir (7-7, 23e).
Sept entrées des Anglaises dans les 22 : 6 essais
Avec une course fulgurante de Léa Murie (partenaire d’Anthony Jelonch) dans son couloir, une autre tranchante de Manae Feleu dans l’axe, les Bleues accéléraient, obligeant les Anglaises à tirer la langue. Mais juste avant la demi-heure de jeu, un contre permettait à Ellie Kildunne de reprendre le score après une course inarrêtable (7-14, 28e). Puissantes en mêlée (une deuxième poussée pour provoquer une pénalité) et sur ballon porté, les Anglaises sortaient leur palette pour étirer la défense jusqu’à cet essai de Jess Breach (7-21, 36e). Poussées par les 35 062 spectateurs du Stade Atlantique (un record pour un match de rugby féminin en France) à chaque franchissement et à chaque mètre gagné, les Bleues tentaient de redoubler d’effort, mais les moindres petites approximations se payaient cash (sur les offloads non bonifiés notamment) et la terrible Kildunne déposait son doublé juste avant de rentrer au vestiaire (7-26, 40e).
« On s’attendait à ce que ce soit aussi rude que ça. On va essayer de garder nos ballons et ne plus faire autant de petites passes au contact », expliquait Léa Murie. Tout restait néanmoins à jouer. Lors du Tournoi 2025, les Bleues étaient menées 31-21 à Twickenham avant de ne s’incliner que d’un point (43-42). « Il faut conserver le ballon un peu plus, on donne le bâton pour se faire battre. Il faut être beaucoup plus clean », insistait François Ratier.
Pas de chance, un plaquage sans ballon offrait trois points supplémentaires aux filles de John Mitchell (7-29, 41e). Il fallait alors que la France marque quatre essais pour revenir à niveau. La France reprenait son jeu direct, à une passe, qui lui avait réussi en début de rencontre. Mais un en-avant d’Anaïs Grando ruinait l’espoir d’un deuxième essai marqué rapidement. Il fallait attendre quelques minutes de plus pour que l’ailière catalane ne se loupe pas (14-29, 54e). En sept visites dans les 22 anglais, les Bleues n’en étaient ressorties à ce moment-là qu’avec deux essais.
La France à 14 pendant dix minutes
Sur son terrain de Bordeaux, Aubane Rousset battait trois défenseures mais était rattrapée à quelques mètres de la ligne, provoquant le feu dans la défense anglaise. Avant l‘heure de jeu, Pauline Bourdon-Sansus relançait complètement ce Crunch avec un essai d’autorité pour revenir à huit points (21-29, 59e), mais quatre minutes plus tard Jessica Breach reprenait l’écart.
À dix minutes du terme, la France, déjà en difficulté, perdait Alexandra Chambon, tout juste rentrée en remplacement de Pauline Bourdon-Sansus, après un carton jaune consécutif à un plaquage haut, obligeant à jouer en infériorité numérique. Une bonne défense, notamment d’Elsa Riffoneau, seule Française ayant déjà joué dans le championnat anglais, empêchait d’encaisser un sixième essai à quatre minutes de la fin. Mais c’était compter sans la talonneure Amy Cokayne qui bonifiait par une sixième réalisation cette septième entrée anglaise dans les 22 français (21-43, 78e). Malgré l’essai pour l’honneur de Rose Bernadou sur la sirène (28-43, 80e), la France n’a pas encore réussi à battre l’Angleterre depuis 2018.


