Tout a réussi à l'Écosse, même si la France a limité la casse dans les dernières minutes de la rencontre (trois essais dans les huit dernières minutes). Dominée dans tous les compartiments de jeu, la France a pris une véritable leçon de rugby et d'humilité dans ce 105e test entre les deux équipes (50-40). Les Écossais ont marqué pas moins de sept essais contre la France pour la première fois en 101 ans. Ce 7 mars était la première fois dans l'histoire du Tournoi des Cinq/Six Nations masculin que les deux équipes marquent plus de 40 points...
Dès l’entame, si la France met la main sur le ballon et tente d’avancer dans le camp écossais, elle manque de maîtrise dans sa défense. Deux plaquages manqués et un premier essai est marqué au bout de cinq minutes par Darcy Graham (7-0). Mauvais début pour les tricolores qui avaient ouvert le score les premiers face au Pays de Galles (1re) et l’Italie (3e). C’est la deuxième fois du Tournoi que l’Ecosse ouvre le score. Comme à leur habitude, les Écossais démarrent pied au plancher.
Dès lors, la belle mécanique semble enrayée avec une touche mal négociée, la mêlée pénalisée, un par-dessus de Louis Bielle-Biarrey perturbé par un coup de hanche de Finn Russell, des Bleus rappelés à l’ordre autour des rucks, une passe manquée d’Attissogbe à LBB, puis un rebond capricieux après une passe de Jalibert à Attissogbe à deux mètres de la ligne. Cette fois, les dieux du rugby ont du mal à accompagner les Bleus face à une équipe d’Écosse qui domine physiquement et territorialement dans un Murrayfield archi-comble baigné par le soleil. Pas de quoi (encore) entamer le moral des 15 000 supporters français qui ont fait le déplacement à Édimbourg.
Il faut attendre la 17e que l’arbitre Angus Gardner ne voit pas de faute dans l’arrachage du ballon de Sione Tuipulotu par Antoine Dupont pour valider l’essai de Louis Bielle-Biarrey, juste sur la ligne (7-7). Après une première mi-temps de première mi-temps compliquée, les Bleus reprennent pied alors que ce soleil d’hiver rasant perturbe leur jeu aérien et leur jeu au pied, l’une de leurs armes préférées (l’Écosse avait gagné le toss).
La confirmation que les Bleus ne sont pas encore largués arrive quatre minutes plus tard à la faveur d’un coup de pied à suivre de LBB qu’Attissogbe bonifie après un rebond cette fois favorable (7-12). C'est la première fois que les Bleus mènent au score. Ce sera la dernière. Car bien décidés à ne pas se laisser balader, les Écossais vont alors réaliser un coup pendable : une passe croisée du talonneur George Turner et voilà l’ailier Kyle Steyn qui transperce la défense française pour revenir à deux points (12-14, 26e).
Un des problèmes de la France à ce moment-là, à part la mêlée et les plaquages manqués, c’est sa discipline. Étonnamment, alors qu’elle avait considérablement soigné cet aspect de son jeu qui lui avait tant défaut, ne serait-ce que l’an passé contre cette même équipe d’Ecosse. Et les démons sont revenus concomitamment à l’essai du pilier Pierre Schoeman (19-14, 31e) : un carton jaune accordé à Matthieu Jalibert pour fautes répétées par les Français ; la faute de trop.
A la pause, la France n’est pas dans son meilleur match : 47% d’occupation, 31% de possession, 75% de touchées gagnées (100% pour l’Écosse), quatre pénalités (à une), 11% de plaquages manqués (9% pour l’Écosse) et cinq points de retard. Galthié n’est pas jouasse : « on est en difficulté, on est pénalisé, ils ont marqué trois essais. 19-14, c’est un moindre mal. Il faut qu’on inverse le scénario : possession, agressivité, maîtrise », lance-t-il à la pause. La suite sera pire.
Même si les Bleus ont tenu en infériorité numérique, Ben White trouve un intervalle et aplatit l’essai du bonus (26-14, 43e). C’est la première fois que le XV du Chardon marque plus de quatre essais contre la France dans le Tournoi depuis… 1999, la dernière année de son sacre. Il y a 27 ans. À ce moment-là du Tournoi, l’Écosse est même grimpée à la première place du classement ! Et la fessée ne s’arrête pas là. À la 50e, même Antoine Dupont se fait contrer, sa passe étant finalement interceptée par Steyn qui aplatit son deuxième essai 50 mètres plus loin (33-14). Pour cela et pour l'ensemble de son oeuvre, il sera salué comme Joueur du Match.
Alors que le banc se vide, la nouvelle parvient à l’équipe : Anthony Jelonch n’a pas réussi le protocole commotion et ne peut revenir sur le terrain. Manque de solution, manque d’énergie, fulgurances des trois-quarts écossais, tempo du diable : les Bleus semblent perdus. À l’heure de jeu, nouvelle bascule : un sixième essai pour l’Écosse (Darcy Graham) et un carton jaune pour Lenni Nouchi qui paie pour toutes les fautes commises (répétition de la fin de la première période).
C’est alors que l’Écosse va signer un véritable exploit grâce au septième essai de Tom Jordan (47-14, 62e) : jamais encore le Chardon n’avait mis autant de points à la France, 33 points d’écart. Jusqu’alors, la plus large victoire écossaise (+28) était un 31-3 à Édimbourg lors du Tournoi 1912. Le troisième essai français signé Antoine Dupont (47-21, 62e) ne changera malheureusement pas l'issue de la rencontre, mais empêchera les Écossais de battre leur record.
Piqués dans leur orgueil, les Bleus vont malgré tout tenter de limiter la casse en arrachant le bonus offensif pour le quatrième essai par Thomas Ramos (47-26, 72e), un cinquième par Oscar Jegou (50-33, 78e), puis un sixième par Pierre-Louis Barassi (50-40, 80e). Mais le retard est tellement important que le miracle ne pourra pas se produire.
Ce scénario, Fabien Galthié l'avait anticipé. Par cette défaite, la France abandonne ses rêves de Grand Chelem mais peut toujours remporter le titre. Tout se jouera dans les dernières minutes de la dernière journée entre ces deux mêmes équipes : l'Écosse ira défier l'Irlande à Dublin quand la France accueillera l'Angleterre pour le dernier match de cette édition 2026.


